Entrevue avec Isabelle Crouzet-Godard sur la situation des hôpitaux toulonnais

La situation dans les hôpitaux toulonnais

Isabelle Crouzet-Godard

Témoignage d’Isabelle Crouzet-Godard, co-listière de Toulon en Commun, kinésithérapeute en milieu hospitalier, représentante du personnel (CGT) :

Peux-tu nous décrire la situation des hôpitaux de l’agglomération  ? Sainte Musse est au niveau départemental l’hôpital référent. Il s’organise en lien avec les médecins et les organisations syndicales du site. Les personnels des urgences attendent le pic annoncé, et s’inquiètent du manque de matériels : masques, tenues. Des citoyens, des entreprises viennent déposer des masques aux urgences. De la solidarité, cela fait du bien.

Bien entendu, toutes les activités non urgentes, et programmées (ceci dans tous les hôpitaux) sont mises à l’arrêt ce qui permet de récupérer des locaux et du personnel. La mutualisation de personnel d’autres hôpitaux a commencé également. Ce que je sais, des IADE, IBODE, IDE ( infirmières anesthésistes , de bloc opératoire  et infirmières) de la chirurgie de Renée Sabran ont commencé à travailler à Ste Musse avec des patients non infectés. Des patients seront  transférés et il y aura une répartition des patients dans un premier temps sur les hôpitaux alentour : La Seyne, Hyères etc. Ste Anne je n’ai  pas de nouvelles, l’hôpital a reçu des patients du grand Est en début de semaine.

Ce que l’on peut dire, c’est que le manque de matériels est plus ou moins prégnant en fonction des structures. Les EHPAD ou SSIAD pour certains sont à la ramasse. Les directions se sont retrouvées avec des consignes multiples, contradictoires parfois sur une même journée. Les établissements comme Malartic, mais ce n’est plus Toulon, ont été dans les clous. Cependant en début de semaine certains établissements privés du secteur toulonnais ne répondaient pas à l’ARS. J’espère que cela a changé.

Public/Privé : Santé et Action Sociale : ensemble pour obtenir des bras, des lits et du pognon !!!

Selon toi, les mesures annoncées par le gouvernement sont-elles adaptées ?
Le problème des mesures comme celles du 14 au soir, rester confinés mais aller voter, c’est quelles sont contradictoires. Il semblerait que la seule façon d’endiguer l’épidémie soit le confinement, mais quels moyens ont été donné aux employeurs pour le mettre en place ?

Quand la ministre du travail entre autres dit qu’il faut continuer pour ne pas mettre l’économie en difficulté, et met en place des mesures de représailles comme par exemple le retard de prise en charge du chômage partiel pour le BTP, c’est juste scandaleux ! Avoir maintenu le 1er tour  des élections met la population dans des incertitudes, surtout quand on a vu l’organisation de certains bureaux de vote. 

Mis à part le personnel hospitalier, c’est encore la débrouille pour chacun comme pour les grandes surfaces ou les petits commerces. Il faut que le gouvernement soit clair dans ses décisions, et ne pas laisser certains raconter la sienne. Et Buzin ! Le confinement aurait du se faire de manière plus rapide et plus strict. On ne peut pas interdire les marchés extérieurs et faire venir 3000 supporters italiens, ou ne pas faire rentrer les supporters dans le stade quand ils sont amassés dehors ! Toutes ces images et donc les décisions prises ont brouillé le message.

Il me semble qu’il faudrait un arrêt réel de l’économie. Tous les gouvernements européens, ainsi que les Etats Unis, trouvent des milliards. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas la compétitivité de la France mais la santé de la population et celle de ceux qui les soignent ou qui s’occupent des besoins primaires (producteurs, commerce alimentaires, police, éboueurs, et de ceux qui s’occupent des enfants ou parents de ceux qui travaillent). 

Les mesures arrivent mais si l’épidémie était arrivée dans un pays où le système sanitaire fonctionnait correctement cela aurait permis de réagir mieux et plus vite. Il faut ré-ouvrir des lits de réanimation fermés ces dernières années par restriction budgétaires. En Allemagne, ils ont 4 ou 5 fois plus de lits de réanimation qu’en France.

L’hôpital public n’est pas une marchandise…

Comment vois-tu les semaines à venir ?  Si les personnels hospitaliers ne craquent pas, ne tombent pas malades, nous devrions nous en sortir (Hier, le gouvernement a décidé d’enlever le jour de carence pour les fonctionnaires !). Si la population reste solidaire et responsable, l’épidémie devrait être enrayée. Mais il était annoncé un pic  en fin de semaine , donc je ne sais vraiment pas.

Je viens d’avoir l’info à l’instant : des lits de patients Covid s’ouvrent dans la semaine à Draguignan. Par contre ce dont il faut être sûrs, c’est qu’après cette crise sanitaire, il nous faudra repenser et exiger un système de santé se donnant les moyens, tous les moyens. La santé n’est pas une marchandise, et là on le voit bien.

Isabelle Crouzet-Godard

Quel rôle pourrait jouer notre assemblée populaire et citoyenne ? Dans un premier temps continuer à diffuser les mesures de protection. Que pourrions nous faire aussi pour les sans abri  dans l’aire  toulonnaise ? Pourrions-nous mettre en place un  système de liens sociaux pour les personnes les plus isolées et /ou fragiles ? Et puis réfléchir à ce que nous pourrions mettre en place au niveau municipal pour répondre à ce genre de crise (sanitaire, économique, sécuritaire…). Quelle marge de manœuvre, quelle solidarité ?

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